primitif


primitif

primitif, ive [ primitif, iv ] adj. et n.
• 1310 primitive yglise (église); lat. primitivus « qui naît le premier », de primus
I Adj.
1(v. 1330) Qui est à son origine ou près de son origine. L'Église primitive, la primitive Église. Le monde primitif, tel qu'il était à l'origine. L'homme primitif, tel qu'il était à l'apparition de l'espèce. Art primitif (cf. ci-dessous, II, 2o).
2Qui est le premier, le plus ancien. Forme primitive, état primitif d'une chose. initial, originaire, originel, premier. Étoffe qui a perdu sa couleur primitive. Texte primitif d'un manuscrit.
Géol. Vx Terrains primitifs, les plus anciens que l'on connaisse.
(Phénomènes psychiques) « l'amour de soi : passion primitive, innée, antérieure à toute autre » (Rousseau).
3Qui est la source, l'origine (d'une autre chose de même nature) (dans des emplois scientifiques).
Log. Proposition primitive, posée et non déduite ( principe) . Concept primitif, ou n. m. un primitif : concept indéfinissable; mot trop général pour lui trouver un hyperonyme définitoire.
Math. Fonction primitive et fonction dérivée. N. f. Les primitives d'une fonction sont les fonctions qui admettent celle-ci pour dérivée ( intégration) .
Couleurs primitives : les sept couleurs du spectre, dont les autres sont formées.
Méd. Se dit d'une lésion, d'un trouble qui peut provoquer d'autres manifestations qui lui succèdent; qui existe en soi, de cause inconnue. essentiel. Myopathie primitive. Cancer primitif du foie, du rein.
4(v. 1800) Se dit des groupes humains qui ignorent l'écriture, les formes sociales et les techniques des sociétés dites « évoluées ». Société primitive. « Un peuple primitif n'est pas un peuple arriéré ou attardé. [...] Un peuple primitif n'est pas davantage un peuple sans histoire » (Lévi-Strauss). Relatif à ces peuples. « La Mentalité primitive », ouvrage de Lévy-Bruhl.
5Cour. Qui a les caractères de simplicité ou de grossièreté qu'on attribue aux hommes dits primitifs. fruste, grossier, inculte. « Dans sa tête primitive et simple, les choses avaient du mal à se former » (Aragon). « la lenteur et la fatigue de ce battage primitif » (Zola). élémentaire, rudimentaire.
II N. (1907)
1Homme appartenant à un groupe social « primitif » (I, 4o). Les primitifs d'Australie.
2Artiste d'une période antérieure à celle où l'art qu'il cultive atteignit sa maturité. Les primitifs de la sculpture grecque. Spécialt Artiste (surtout peintre) antérieur à la Renaissance, en Europe occidentale; son œuvre. Primitifs flamands, italiens.
⊗ CONTR. Moderne, récent; civilisé, évolué.

primitif, primitive adjectif (latin primitivus) Qui appartient au premier état d'une chose, qui est dans un état proche de son origine : Le texte primitif d'un manuscrit. Qui est grossier, fruste : Réaction primitive. Qui est sommaire, rudimentaire : L'installation électrique est assez primitive. Beaux-arts Synonyme de archaïque. Se dit souvent de l'art des sociétés non industrielles extra-européennes. Médecine Qualifie la manifestation initiale d'une affection. ● primitif, primitive (expressions) adjectif (latin primitivus) Forme primitive, forme simple d'un cristal à partir de laquelle on peut engendrer toutes les autres formes, par troncatures sur les sommets ou sur les arêtes. Temps primitif, temps du verbe qui sert de base à la formation des autres temps. Fonction primitive, synonyme de primitive. Couleurs primitives, principales couleurs conventionnelles du spectre de la lumière naturelle (violet, bleu, vert, jaune, orangé, rouge). Primitive Église, église des deux ou trois premiers siècles du christianisme. ● primitif, primitive (synonymes) adjectif (latin primitivus) Qui appartient au premier état d'une chose, qui est dans...
Synonymes :
Contraires :
- récent
Qui est grossier, fruste
Synonymes :
- naïf
Contraires :
- fabriqué
- forcé
Qui est sommaire, rudimentaire
Synonymes :
- élémentaire
Contraires :
- perfectionné
- raffiné
- sophistiqué
Mathématiques. Fonction primitive
Synonymes :
Synonymes :
- Beaux-arts. archaïque ● primitif, primitive adjectif et nom Se dit de quelqu'un qui est assez fruste, grossier, peu cultivé. Se disait d'un peuple dont le développement paraissait en retrait par rapport aux sociétés industrielles occidentales. Se dit des peintres européens du Moyen Âge, par opposition à ceux de la Renaissance. Se dit parfois des peintres naïfs.

primitif, ive
adj. et n.
rI./r adj.
d1./d Qui est le plus ancien, le plus près de l'origine. état primitif d'un instrument, d'un appareil.
L'homme primitif, tel qu'il apparut à l'origine.
d2./d OPT Couleurs primitives: les sept couleurs du spectre de la lumière.
d3./d GRAM Temps primitifs d'un verbe: formes du verbe dont on peut dériver toutes les autres.
d4./d MATH Fonction primitive ou, n. f., la primitive d'une fonction f(x): fonction F(x) dont la fonction f(x) est la dérivée. La primitive d'une fonction n'est définie qu'à une constante près.
d5./d ANTHROP Se dit des sociétés, des peuples qui ne connaissent pas l'écriture et ne pratiquent ni culture ni élevage. Système économique primitif.
d6./d Peu élaboré, fruste. Syn. rudimentaire. Outil primitif.
rII./r n. m. BX-A Artiste (peintre surtout) de la période qui a précédé immédiatement la Renaissance. Primitifs italiens.

PRIMITIF, -IVE, adj.
A.— Qui est à son origine, qui est le plus ancien. Synon. ancien, archaïque, originel, premier.
1. [En parlant de l'évolution de la terre, de l'apparition de la vie sur la terre] Qui se forme, qui apparaît en premier, à l'origine.
a) ANTHROPOL., PALÉONT.
) Relatif aux humains et groupes humains qui ont peuplé la terre. Société, peuplade, tribu, horde, race primitive; groupe, peuple primitif. L'humanité primitive, autant que nous pouvons l'entrevoir, apparaît sous forme de races distinctes pourvues de caractères permanents et durables, homogènes sur de grandes étendues (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 277).
Empl. subst. et adj. (Humain) qui appartient à l'un de ces groupes. La main s'adapte au travail le plus brutal comme au plus délicat. Elle a manié avec une égale habileté le couteau de silex du chasseur primitif, la masse du forgeron, la hache du défricheur de la forêt (CARREL, L'Homme, 1935, p. 112). Lorsqu'un primitif avait découvert une bonne méthode, il faisait tout de suite l'épreuve de son efficacité (LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 26).
) Propre à ces humains, à leur pratique. Agriculture, art, industrie, métallurgie primitive. La musique, sans doute, a été créée pour accompagner la danse primitive que rythmaient tout d'abord le battement des mains et les cris des spectateurs (FAURE, Espr. formes, 1927, p. 188). Mais à partir du moment où l'homme a conçu un moyen de se maintenir sur l'eau, depuis la pirogue primitive creusée dans un tronc d'arbre jusqu'à la plus moderne péniche au mazout, la rivière devient elle-même une voie de communication (PINEAU, S.N.C.F. et transp., 1950, p. 100).
b) ETHNOL., SOCIOL. Relatif aux groupes humains contemporains qui ignorent l'écriture, dont l'organisation sociale et culturelle, le développement technologique n'ont pas subi l'influence des sociétés dites évoluées. Civilisation, mentalité, organisation primitive. On sait, en effet, avec quelle facilité, chez les peuples primitifs, les manières d'agir se consolident en pratiques traditionnelles, et, d'autre part, combien est grande chez eux la force de la tradition (DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p. 109). Les gens de ces peuplades primitives, je m'en persuade de plus en plus, n'ont pas notre façon de raisonner; et c'est pourquoi si souvent ils nous paraissent bêtes (GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 899).
Empl. subst. et adj. (Celui, celle) qui appartient à l'un de ces peuples. Les primitifs omettent souvent certaines règles de politesse qui nous paraissent essentielles, tout en en imposant d'autres, étranges à nos yeux (LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936 p. 301).
Rem. Dans cet empl. les aut. mod. préfèrent le terme archaïque, l'état actuel de ces peuples primitifs n'étant pas obligatoirement une survivance des temps anciens mais qqf. une régression. Le terme de « primitif » semble définitivement à l'abri des confusions impliquées par son sens étymologique et entretenues par un évolutionnisme périmé. Un peuple primitif n'est pas un peuple arriéré ou attardé (LÉVI-STRAUSS, Anthropol. struct., 1958, p. 114).
c) P. anal., PSYCHANAL., PSYCHOL. Qui est considéré comme une survivance des mœurs ou de croyances des premiers hommes dans l'inconscient individuel ou collectif. Synon. originel. Horde primitive, père primitif. Jung n'a pas voulu faire l'étude psychologique de l'homme primitif; le primitif est pour lui une image, une représentation de l'ombre de l'homme civilisé; c'est un modèle construit en fonction des rapports du conscient et de l'inconscient de l'homme d'aujourd'hui (VIREL Psych. 1977).
Scène primitive. ,,Conception qu'a le patient (l'enfant) de ses parents ayant des rapports sexuels, considérée comme une image autour de laquelle le fantasme s'est édifié plutôt que le souvenir de quelque chose qu'il a actuellement perçu`` (RYCR. 1972).
d) GÉOL. Terrains primitifs. Terrains les plus anciens. Synon. précambrien, primaire. Sans doute, une portion considérable de l'histoire de la vie nous est dérobée par la métamorphisation presque complète des terrains primitifs (J. ROSTAND, La Vie et ses probl., 1939, p. 162).
e) BIOL., BOT., ZOOL. Qui appartient au premier stade de l'apparition de la vie animale ou végétale. Parmi les organismes primitifs, certains s'étaient orientés vers l'animalité en renonçant à fabriquer de l'organique avec de l'inorganique et en empruntant les substances organiques toutes faites aux organismes déjà aiguillés sur la vie végétale (BERGSON, Évol. créatr., 1907, p. 131) :
1. Les plantes primitives, les algues, qui flottent inertes dans le milieu océanique, furent déjà un progrès. Les animaux primitifs, les zoophytes, les mollusques élémentaires, les coraux, les méduses furent, eux aussi, un progrès.
FLAMMARION, Astron. pop., 1880, p. 98.
Habitat primitif. Lieu type dans lequel s'est tout d'abord développé un végétal. De la zone d'habitat primitif d'une plante avant la culture il eût été bien impossible de déduire et de prévoir l'immense étendue qu'elle devait conquérir ensuite comme plante cultivée! (BRUNHES, Géogr. hum., 1942, p. 126).
2. [En parlant de l'évolution techn., sc., artist. ou culturelle de la société] Qui est à l'origine d'un mouvement évolutif; qui correspond à un état archaïque de ce mouvement.
a) RELIG. Doctrine primitive; bouddhisme, christianisme, judaïsme primitif; monothéisme, panthéisme primitif; sacrements primitifs. Les classiques l'intéressaient moins par la preuve qu'ils nous donnent de la déchéance originelle que par le souvenir qu'ils ont gardé de la religion primitive (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 307). Ce qu'on reproche maintenant au catholicisme, c'est de faire trop de place à l'humain. Bref, on revient au pessimisme pur du protestantisme primitif (MARITAIN, Human. intégr., 1936, p. 80) :
2. On sait la persistance de ce sentiment, au sein des communautés chrétiennes primitives. À la fin du IVe siècle encore, un évêque de l'Afrique proconsulaire calculait qu'il restait cent un ans à vivre au monde.
CAMUS, Homme rév., 1951, p. 260.
Empl. antéposé. Il arrive avec son grand air inspiré (...), proposant, à sa manière ardente et fumeuse, l'idéal suréminent de la primitive Église, brandissant l'autorité des canons, des anciens conciles, des Pères, principalement de saint Augustin (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 214).
b) SOCIOL., POL. [En parlant d'un système soc., pol., culturel] Le système primitif de l'Europe, les vieilles libertés féodales et communales avaient échoué dans l'organisation de la société (GUIZOT, Hist. civils., leçon 11, 1828, p. 18). L'organisation des métiers et du commerce semble donc bien avoir été l'organisation primitive de la bourgeoisie européenne (DURKHEIM, Divis. trav., 1902, p. XXIV) :
3. À l'origine des nations, la force fut en quelque sorte matérielle, une, grossière; puis, avec l'accroissement des agrégations, les gouvernements ont procédé par des décompositions plus ou moins habiles du pouvoir primitif.
BALZAC, Peau chagr., 1831, p. 59.
c) [En parlant d'un art, d'une science à son commencement] Il est certaines peuplades d'hommes sauvages qui en sont encore à cette médecine primitive d'instinct et qui emploient des plantes dont le hasard leur a fait sans doute connaître la vertu (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 50). Le passage des « marchés » rudimentaires des économies primitives au marché capitaliste (...) s'est opéré par l'action de grandes et puissantes firmes et par celle des États (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 284).
3. [En parlant d'un inanimé concr. ou abstr. qui subit une transformation ou une modification] Qui était en premier, au début.
a) [En parlant d'une chose] L'emplacement du séminaire d'aujourd'hui était occupé autrefois par les jardins et par le collège de boursiers qu'on appelait les Robertins. Le bâtiment primitif disparut à l'époque de la Révolution (RENAN, Souv. enf., 1883, p. 266). On lui soumettait des textes qu'il décortiquait, en se jouant. Il épluchait les fautes des copistes, écalait les interpolations, rétablissait le texte primitif, en un clin d'œil (HUYSMANS, Oblat, t. 1, 1903, p. 63).
b) [En parlant d'un fait, d'une discipline intellectuelle] Inversement, lorsque la sociologie compréhensive revient à son objet primitif et veut fournir leurs concepts aux diverses sciences sociales autonomes, lorsque le type idéal cesse d'être descriptif pour devenir à nouveau génétique, on retourne à la rationalité (J. VUILLEMIN, Être et trav., 1949, p. 104).
c) [En parlant d'une action] Comme la situation dans tout l'Extrême-Orient ne cessait de s'alourdir, d'Argenlieu vit s'ajouter à sa mission primitive, celle de coordonner l'action de nos représentants, tant en Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, qu'à Hong-Kong, Singapour, Manille, Batavia (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 189).
B.— Ce qui est la source, le point de départ d'un enchaînement logique ou causal de choses de même nature.
1. LOG. Proposition primitive. On appelle spécialement propositions primitives, dans un système déductif, celles qui sont posées sans se déduire d'aucune autre (LAL. 1968).
2. MATHÉMATIQUES
a) Fonction primitive et, subst., primitive (d'une fonction). ,,Il est équivalent, deux fonctions F et f étant définies sur un ouvert de R ou de C, de dire que F est une primitive de f ou de dire que f est la dérivée de F`` (Math. 1967-69). Le problème de la quadrature des courbes est, comme l'on voit, le problème le plus simple de l'analyse inverse des fonctions, puisqu'il ne consiste qu'à trouver la fonction primitive d'une fonction donnée (LAGRANGE, Fonctions analyt., 1797, p. 157). Biernacki a étudié l'existence de droites communes à une fonction entière, à ses dérivées et ses primitives (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 49).
b) Racine primitive. ,,Soit n un entier naturel non nul. On dit qu'une racine nième de l'unité est primitive si elle engendre le groupe des racines nièmes de l'unité, autrement dit si son ordre est égal à n`` (CHAMB. 1981).
3. INFORMAT., empl. subst. fém. ,,Commande de base élémentaire, se rapportant souvent à une instruction machine au niveau le plus bas`` (MESS. Télém. 1979).
4. LINGUISTIQUE
a) Mot primitif. Mot à partir duquel d'autres mots sont formés. Anton. dérivé. Ces syllabes [désinentielles], ainsi que toutes celles qui indiquent les variations de genre, de nombre, de mode, de tems, de personne, des noms, des adjectifs et des verbes, et toutes celles qui forment tous les dérivés des mots primitifs, ont la même origine que les prépositions proprement dites (DESTUTT DE TR., Idéol. 2, 1803, p. 162) :
4. Écale est le mot primitif; il vient de l'allemand, où la forme ancienne était schalja. Aujourd'hui schale veut dire indifféremment écale et écaille; en français les deux formes ont des sens tellement voisins qu'on les confond dès que l'on sort des locutions usuelles.
GOURMONT, Esthét. lang. fr., 1899, p. 154.
b) Sens primitif. ,,Sens que possède naturellement un mot en raison de la racine à partir de laquelle il est formé. Ex. — Le sens primitif de « vase » est « récipient quelconque », celui de « parquet » est « petit parc », et celui de « plancher » est « plafond »`` (DAGN. 1965).
c) Temps primitif. Temps qui sert de type pour la formation d'autres temps de verbes. Un temps primitif est celui qui fournit le thème sur lequel d'autres temps sont formés (ainsi en latin le présent amo, amas par rapport à l'imparfait et au futur, le parfait amaui par rapport au plus-que-parfait, etc.) (MAR. Lex. 1951).
d) Empl. subst. masc. Primitif lexical et, p. ell., primitif. Morphème libre ou lié dont le sens ne peut être analysé par une périphrase synonymique en raison de sa pauvreté sémique (d'apr. REY Sémiot. 1979). Il est donc normal que les dictionnaires renoncent à définir les primitifs et recourent à une glose métalinguistique, ou à la seule présentation d'exemples (REY Sémiot. 1979). Cette tentative de décomposition du signifié-mot est connue de la linguistique : c'est le problème des « primitifs » (la notion se trouve déjà dans Leibnitz) (...); le mot jument quoique constituant lui-même un signifiant minimum et indécomposable (sauf à passer à la seconde articulation) recouvre deux unités de sens :« cheval » et « femelle » (R. BARTHES, Système de la Mode, Paris, éd. du Seuil, 1967, p. 202).
e) [En parlant d'une lang., d'un dial.] Qui est historiquement reconnu comme étant la source ou l'état antérieur d'une langue, d'un dialecte. Certains linguistes supposent qu'à l'origine, il y avait une seule langue sémitique, dont tous les dialectes sont dérivés par altération; d'autres supposent tous les dialectes également primitifs (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 518). On parlera ainsi de germanique primitif pour l'ensemble des formes linguistiques antérieures au détachement, de la famille germanique, du germanique westique [de l'Ouest] (anglo-frison) (Ling. 1972).
5. MÉDECINE
a) PATHOL. [En parlant d'une lésion, d'un phénomène évolutif] Qui est à l'origine d'un trouble, d'une affection. Cancer primitif. En outre des accidents provoqués indirectement par l'œdème des premières voies, d'autres sont dus à des lésions primitives du poumon et des plèvres (NOCARD, LECLAINCHE, Mal. microb. animaux, 1896, p. 450).
b) EMBRYOL. Qui est à l'origine du développement d'un élément anatomique, d'un tissu, d'un organisme vivant. La formation de l'embryon de l'être vivant à partir d'une cellule primitive, semble en contradiction avec le principe sur lequel nous avons insisté; tout mouvement est le fonctionnement d'une forme donnée (RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p. 92). On donne le nom de neurula à la larve gastrula, chez laquelle s'est différenciée l'ébauche primitive du système nerveux central (CAULLERY, Embryol., 1942, p. 36).
6. Couleurs primitives
En peinture, couleurs à partir desquelles on peut composer toutes les autres : le rouge, le bleu, le jaune, le blanc, le noir. On détermine les couleurs primitives par les noms de blanche, de jaune, de rouge, de bleue, de noire (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 96).
PHYS. Les sept couleurs du spectre solaire dont dérivent toutes les autres. Newton a voulu voir sept couleurs dans le prisme (...) ces couleurs (...) Newton les appelle primitives; mais à vrai dire, il n'y a de primitives que trois couleurs (...) le jaune, le rouge et le bleu (Ch. BLANC, Gramm. arts dessin, 1876, p. 561). Les colorations du spectre se recomposent (...) dans tout ce que nous voyons : c'est leur dosage qui fait, avec les sept tons primitifs, d'autres tons (MAUCLAIR, Maîtres impressionn., 1923, p. 24).
C.— Dans le lang. cour. Qui possède des caractéristiques que l'on attribue généralement aux hommes et aux sociétés des temps les plus reculés ou à leurs productions.
1. [En parlant d'une pers., de ses traits, de son comportement, de ses sentiments] Qui est simple, primaire et, péj., rustre, grossier. Vital est un homme de trente à quarante ans, d'une jovialité primitive, rentrée sous la pression de ses idées ambitieuses (BALZAC, Comédiens, 1846, p. 315). Je le crus dur et austère, il n'était que juste et rigide. Quant à ses goûts, ils étaient primitifs comme son âme. Patriarche et militaire, c'était tout l'homme (LAMART., Confid., 1849, p. 30). Je n'ai voulu que reproduire quelques traits de cette figure farouche et primitive [du paysan] (RENARD, Œil clair, 1910, p. 50).
En partic. [Dans la philos. issue de Rousseau] Qui est proche de l'état de nature, qui est en harmonie avec la nature par simplicité, innocence :
5. La société, telle qu'elle est faite, a tellement altéré les hommes et détruit en eux les instincts naïfs de l'âme, que ceux qui ont échappé à la contagion générale et conservé dans sa virginité la simplicité des goûts primitifs, sont contraints de se cacher, de se dérober, de s'envelopper dans une sorte de pudeur.
M. DE GUÉRIN, Journal, 1834, p. 217.
Empl. subst. Celui, celle qui manifeste cette simplicité, cette innocence. C'était un primitif, on devinait dans ses yeux pleins d'énergie au repos, que l'homme n'avait qu'une parole, qu'un sentiment, qu'une idée à la fois, et qu'il serait une puissance, d'un dévouement absolu, pour ceux qui auraient conquis son esprit (R. BAZIN, Blé, 1907, p. 189). L'enfant est crédule, comme tout primitif; le sens du vraisemblable n'existe pas en lui; le miracle ne le surprend pas (MARTIN DU G., J. Barois, 1913, p. 448).
2. [En parlant d'un trait caractéristique d'une personnalité, d'un état psychol.] Qui s'exprime spontanément, entièrement, sans contrôle, ni calcul. L'agressivité primitive est encore à l'origine de certains suicides, de plusieurs fantaisies érotiques (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 704) :
6. Le désir n'est beau que dans sa minute spasmodique, dans le moment où il cesse en se satisfaisant. Son objet n'est pas ce que j'aime sans doute. Mais il faut qu'il soit vite atteint, pour qu'un nouveau désir succède, primitif, spontané, immaculé.
RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 291.
3. Souvent péj.
a) [En parlant d'une chose, d'un ensemble d'objets en partic. de la vie domestique] Grossier, rudimentaire. C'est aussi de ce côté que l'on rencontre les premières voitures traînées par des bœufs; ces chariots ont un aspect assez homérique et primitif (GAUTIER, Tra los montes, 1843, p. 6). Nos maisons sont chauffées d'une manière aussi sale que primitive et construites de manière à flamber du haut en bas au moindre feu de cheminée (GREEN, Journal, 1943, p. 25).
b) [En parlant d'une activité, des conditions dans lesquelles elle s'exerce] Qui est resté à un stade technologique peu évolué. Cette scierie est toute primitive : la pièce de bois est posée sur deux tréteaux élevés, et deux scieurs de long, l'un en haut, monté sur la poutre même, l'autre en bas, aveuglé par la sciure qui tombe, impriment à une large et forte lame de scie un continuel mouvement de va-et-vient (ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 8). Tout aussi primitif est le foulage du blé dans ces régions. On amène sur un seul point toutes les gerbes moissonnées dans un vaste secteur, et l'on y édifie un village provisoire, une douzaine d'abris sans cloisons, à toiture de feuillage, où la tribu de paysans prendra ses repas et passera la nuit jusqu'à ce que la besogne soit terminée (T'SERSTEVENS, Itinér. esp., 1963, p. 264).
D.— ART. Qui est à son commencement; qui précède la maturité, l'épanouissement dans un style, une technique, une manière.
1. ARCHIT. Quatre piliers énormes, trapus, d'un byzantin primitif et lourdement puissant, soutiennent la coupole surbaissée (LOTI, Jérusalem, 1895, p. 60). Les hautes futaies du gothique primitif se changent [dans le style flamboyant] en fourrés touffus (HOURTICQ, Hist. art, Fr., 1914, p. 105).
2. MUS. On peut ramener [la cantilène liturgique] à trois catégories principales : le genre primitif, le genre ornemental et le genre populaire (D'INDY, Compos. mus., t. 1, 1897-1900, p. 66).
Empl. subst. Compositeur appartenant à la période pré-classique. Il serait impossible d'apprécier avec quelque sûreté de jugement la tendance moderne du goût musical si l'on ne connaissait ce qu'ont fait, bientôt suivis des Classiques, ces admirables Primitifs aux idées de qui l'on revient dans ce moment-ci (BRUNEAU, Mus. Russie, 1903, p. 261).
3. BEAUX-ARTS
a) Art primitif, École primitive. Période, école artistique de sculpture et surtout de peinture qui précède la Renaissance en Italie, en Flandre, en Allemagne et en France. [Poussin et Lesueur] rappellent la naïveté des écoles primitives de Flandre et d'Italie (DELACROIX, Journal, 1853, p. 29). Sentant, dans son instinct, l'unité chrétienne perdue, Venise introduisait dans l'armature rigide de l'art italien primitif une nouvelle circulation de forces spirituelles (FAURE, Espr. formes, 1927, p. 154).
b) Empl. subst. et adj. (Peintre, sculpteur) appartenant à cette école, à cette période. Il lui fallut trois soirées pour dessiner la tête. Il traînait avec soin le fusain sur la toile, à petits coups, maigrement; son dessin, roide et sec, rappelait d'une façon grotesque celui des maîtres primitifs (ZOLA, Th. Raquin, 1867, p. 32) :
7. Je veux parler surtout du primitif d'Allemagne ou de Flandre, car l'Italien manifeste une admirable intelligence plastique dès les débuts de la peinture. C'est que cette profusion ne répond pas, chez le primitif d'Allemagne ou de Flandre, au souci d'éblouir le spectateur par une fausse science, une virtuosité servile, l'étalage d'une érudition aussi désordonnée que creuse...
FAURE, Espr. formes, 1927 p. 212.
P. méton. (Peinture, sculpture) qui est l'œuvre d'un primitif. Les peintures flamandes primitives ont beaucoup de ce charme [de l'aquarelle]. L'emploi de l'essence y contribue en éloignant l'huile (DELACROIX, Journal, 1847, p. 245).
4. Empl. subst. Artiste contemporain qui par sa naïveté, sa technique peu élaborée, sa fraîcheur, rappelle l'esprit de l'art primitif (d'apr. BÉG. Dessin 1978). Ses animaux plats [du douanier Rousseau] sombres ou parfois blancs, mais si souvent couleur d'apparition, nous les retrouvons dans les « primitifs » américains (MALRAUX, Voix sil., 1951, p. 510).
Prononc. et Orth. :[], fém. [-i:v]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1310 adj. « qui est à son origine, à ses débuts » (Fauvel, éd. A. , 395 : la primitive Yglise; 507 : la foy primitive); 2. a) 1762 « proche de l'état de nature » (ROUSSEAU, Émile, 1. 4, éd. Ch. Wirtz, p. 587 : l'homme vivant dans la simplicité primitive); b) 1791 « qui a le caractère simple, grossier, naïf des premiers âges » (VOLNEY, Ruines, p. 321 : barbarie primitive); c) 1843 « rudimentaire, sommaire » (GAUTIER, loc. cit.); 3. a) 1794 adj. sociol. (CONDORCET, Esq. tabl. hist., p. 37 : peuples primitifs); 1869 subst. (FLAUB., Corresp., p. 12); b) 1922 spéc. mentalité primitive (LÉVY-BRUHL, La Mentalité primitive); 1924 horde primitive (v. horde); 4. 1807 géol. (Al. BRONGNIART, Traité élém. de minér., t. 1, p. 68 : terrein primitif); 5. a) 1843 adj. arts (A. F. ARTAUD DE MONTOR, Peintres primitifs, collection de tableaux rapportée d'Italie, Paris ds Catal. gén. des l. imprimés de la Bibl. Nat.); 1850 subst. (DELACROIX, Journal, p. 380 : il y avait des primitifs très remarquables [au Musée d'Anvers]); b) 1889 p. ext. « peintre autodidacte dont l'art naïf rappelle celui des primitifs » (J. CHRISTOPHE ds J. des Artistes, 29 sept. ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg, t. 15, n° 2, 1977, p. 234 : M. Henri Rousseau est un primitif); c) ca 1900 « artiste d'une période antérieure à celle de la maturité de l'art qu'il cultive » (Gde Encyclop.); 6. 1954 psychanal. scène primitive (S. FREUD, Cinq psychanalyses, L'Homme aux loups, trad. M. Bonaparte et R. M. Loewenstein, p. 351). B. 1. Ca 1516 « qui est la source, l'origine d'autre chose » (Remonstrances de Nature à l'Alchymiste errant, 357 ds Rose, éd. Méon, t. 4, p. 139 : essence primitive); 2. a) 1550 adj. ling. « qui sert à former des dérivés » (L. MEIGRET, Le Tretté de la grammere françoeze, éd. W. Foerster, p. 28 : [deux espèces de noms] primitiue ... deriuatiue); 1550 subst. (ibid., p. 32); b) 1730 sens primitif (d'un mot) (DU MARSAIS, Tropes, p. 278); c) 1765 langue primitive (Encyclop. t. 9, p. 256a, s.v. langue); d) 1812 gramm. temps primitifs (MOZIN-BIBER t. 2); 3. a) 1684 math. nombre primitif (FURETIÈRE, Essai d'un dict. universel, s.v. nombre); b) 1797 alg. fonction primitive (LAGRANGE, op. cit., p. 2); 1930 subst. primitives des fonctions (H. COMMISSAIRE, Leçons de math., p. 38); c) 1854 alg. racine primitive (J.-A. SERRET, Cours d'alg. sup., p. 327 : racines primitives d'une congruence binôme); 4. a) 1734 phys. couleurs primitives (VOLTAIRE, Lettres philos., p. 46); b) 1738 peint. couleurs primitives (ROLLIN, Hist. anc. des Égyptiens, t. 5, p. 655); 5. 1821 log. proposition primitive (COURIER, Pamphlets pol., Procès, p. 124); 6. 1979 subst. fém., informat. (MESS. Télém.). Empr. au lat. d'époque impériale primitivus « premier-né, premier en date » (GAFF.), lat. chrét. « premier-né dans la foi » ecclesia primitivorum « l'assemblée des premiers-nés » (Hébr. 12, 23 ds BLAISE Lat. chrét.), ecclesia primitiva « l'Église primitive » (VIe s., ibid.), b. lat. primitiva verba gramm. « mots primitifs, p. oppos. à dérivés » (VIe s. ds FORC.). Fréq. abs. littér. : 3 449. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 5 725, b) 3 175; XXe s. : a) 5 244, b) 4 926.
DÉR. 1. Primitivisme, subst. masc. a) Beaux-Arts. Appartenance au mouvement primitif et, p. ext., imitation des primitifs. Bien qu'il puisse exister des sculptures primitives contemporaines des analyses commençantes, il faut, dans les deux cas, y découvrir une exception. À l'idée d'archaïsme s'attache la forme sculptée, à l'idée de primitivisme la forme peinte (FAURE, Espr. formes, 1927, p. 59). On reprocha à Ingres dans son Salon de 1806 une coupable affectation de primitivisme (RÉAU, Art romant., 1930, p. 73). Litt. et arts. Ce qui imite l'art d'un peuple primitif ou s'en inspire. Ces intellectuels épris de primitivisme, — qui n'avaient pas, pour les y ramener, les profondes angoisses de Baudelaire (...), — eurent recours au rêve nocturne et cherchèrent à en imiter l'ambiance à la fois par des procédés étudiés et par une constante allusion explicite au songe (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p. 388). [Edgar Varèse] écrivait, deux ans plus tard, intégrales pour deux flûtes, deux clarinettes, deux trompettes, trois trombones, hautbois, cor anglais et batterie de dix-sept instruments, partition au primitivisme sauvage et insolite (SAMUEL, Art mus. contemp., 1962, p. 616). b) Première étape, naissance d'un art ou d'une technique. Les photographies de son Déserteur [d'André Heuzé], par exemple, frappent par leur réalisme familier, et leur modernisme qui contraste avec le primitivisme contemporain de Méliès (SADOUL, Cin., 1949, p. 54). c) Fam. Mode de vie, conception fruste, sommaire. Dans un coin de la pièce, Marceline avait installé une sorte de cabinet de toilette, une table, une cuvette, un broc, tout comme si ç'avait été une cambrousse reculée. Comme ça Zazie serait pas dépaysée. Mais Zazie était dépaysée (...). Écœurée par ce primitivisme, elle s'humecta, se tamponna un peu d'eau ici et là plus un coup de peigne un seul dans les cheveux (QUENEAU, Zazie, 1959, p. 40). d) Ethnol. Caractère, état des sociétés primitives contemporaines. Le problème du primitivisme d'une société est généralement posé par le contraste qu'elle offre avec ses voisins proches ou lointains (LÉVI-STRAUSS, Anthropol. struct., 1958, p. 126). Sociol., pol. Caractère d'un phénomène qui n'a pas subi d'évolution depuis son apparition. Ce primitivisme, maladie de croissance qui affecte tout le mouvement, a-t-il une connexion avec l'économisme considéré comme une des tendances de la social-démocratie russe? Nous croyons que oui (LÉNINE, Que faire? [trad.], 1933, p. 505). — []. — 1res attest. a) 1904 Beaux-Arts « imitation des primitifs » (Nouv. Lar. ill.), b) ) 1906 « façon de vivre naturelle et simple » (M. et A. LEBLOND, Leconte de Lisle, p. 274 ds Fonds BARBIER : Primitivisme : la nature, la vie frugale, la femme et l'amour), ) 1939 ethnol. « caractère, état des sociétés primitives » (BÉGUIN, op. cit., p. 164); de primitif, suff. -isme. 2. Primitivité, subst. fém. Caractère, état de ce qui est primitif. a) [Corresp. à primitif A 2] Les sociétés où se retrouve le même degré de complexité ou de primitivité produiront des œuvres analogues (LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 219). Kou-Tien, sous la direction de Davidson Black et du Dr Pei, permirent d'exhumer des parties crâniennes, des portions de mandibules, des dents appartenant à environ une douzaine d'êtres humains, dont les caractères de primitivité étaient très accentués (Hist. sc., 1957, p. 1481). Sans tomber dans la vieille erreur qui consistait à prendre à la lettre le concept de primitivité, les sociologues et ethnographes contemporains reconnaissent souvent assez volontiers que (...) les sociétés dites archaïques ne se sont pas maintenues sans changement depuis leurs lointaines origines (Traité sociol., 1968, p. 430). b) ) [Corresp. à primitif D 2] Quand Tagore faisait au milieu d'eux [en Allemagne] sa tournée triomphale, leur loyalisme guerrier trouvait parfaitement moyen de s'allier à la délicieuse primitivité qu'il recommandait (BARRÈS, Pays Lev., t. 2, 1923, p. 191). S'éloignant de la primitivité et de l'instinct, les ménages français refusaient d'assurer leur descendance, mais, du coup, perdaient leur cause collective, perdaient la race, comme on ne dit plus aujourd'hui (L'Express, 10 oct. 1977, p. 228, col. 3). ) [Corresp. à primitif D 4] La primitivité la plus totale préside à l'extraction du rubis comme du saphir; la technique n'a pas été modifiée depuis des siècles (METTA, Pierres préc., 1960, p. 73). c) [Corresp. à primitivisme a dér. supra] On a craint que certains concerts, entièrement consacrés à des compositeurs d'une époque reculée, ne fussent rendus monotones par (...) la primitivité instrumentale des œuvres réunies (BRUNEAU, Mus. fr., 1901, p. 8). Tout cela, c'est admirable, d'une force, d'une primitivité si spontanée qu'on a envie d'en sourire. Gauguin a surgi un peu comme Claudel; voix nouvelle, voix si ancienne, qui s'écrie (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 65). — [] — 1res attest. a) 1845-46 ling. « fait, pour un mot, d'être primitif » (BESCH., citant Nodier, s. réf.), b) 1867 Beaux-Arts « caractère primitif » (GONCOURT, Journal, p. 395), c) 1869 sociol. (ID., Mme Gervaisais, p. 232 : la primitivité d'une civilisation qui commence); de primitif, suff. -(i)té. — Fréq. abs. littér. : 39.
BBG. — QUEM. DDL t. 10. — SCHMITS (G.). La Peint. naïve à la rech. d'un n. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1977, t. 15, n° 2, pp. 231-236.

primitif, ive [pʀimitif, iv] adj. et n.
ÉTYM. V. 1310, primitive yglise (église); lat. primitivus « qui naît le premier », de primus.
———
I Adj.
1 (V. 1330). Qui est à son origine ou près de son origine. Ancien, archaïque. || L'Église (cit. 1) primitive, la primitive Église (→ Historiquement, cit. 1).REM. Sauf dans cette expression, primitif se place presque toujours après le nom. Le christianisme, le bouddhisme primitif.Le monde primitif, tel qu'il était à l'origine (dans les cosmogonies). || L'homme primitif, tel qu'il était à l'apparition de l'espèce.Vx. || Société primitive, préhistorique (→ ci-dessous, 4.). || Art primitif; la photographie primitive (→ Épreuve, cit. 36).
0.1 On ne peut nommer plus proprement que « primitives » les premières manifestations d'art connues. L'art primitif débute par conséquent dans l'abstrait et même dans le préfiguratif.
A. Leroi-Gourhan, le Geste et la Parole, t. II, p. 220.
2 Qui est le premier, le plus ancien (→ Efficacité, cit. 5; individu, cit. 22). || Forme primitive, état primitif d'une chose. Brut, initial, originaire, original (vx), originel, premier, primordial (→ Humain, cit. 10). || Rendre qqch. à sa primitive destination (→ Maison, cit. 12). || Étoffe qui a perdu sa couleur primitive (→ Haillon, cit. 2). || Projet primitif (→ Modifier, cit. 5). || Texte primitif d'une loi.Géol. Vx. || Terrains primitifs, les plus anciens que l'on connaisse. Précambrien; et aussi primaire.Vx. || Le feu primitif (→ Granite, cit. 1).
(Phénomènes psychiques). || L'induction (cit. 2) a dû être la forme de raisonnement primitive et générale. || Passion primitive, innée, antérieure (cit. 1) à toute autre. || Ses aptitudes (cit. 7) foncières, ses instincts primitifs.REM. Dans ces emplois, primitif a aussi une valeur qualificative (« fondamental, profond… »).
1 (…) une de ces représentations que nous appelons « réellement primitives », spontanément formées par l'humanité en vertu d'une tendance naturelle (…)
H. Bergson, les Deux Sources de la morale et de la religion, p. 155.
Spontané. || Impressions primitives et fougueuses (cit. 2).
3 Qui est la source, l'origine (d'une autre chose de même nature). Premier.Log. || La proposition primitive et ses opposées, ses conséquences. || Proposition primitive, posée et non déduite. Principe. || Concept primitif, ou, n. m., un primitif : concept indéfinissable.
Math. || Fonction primitive et fonction dérivée.N. f. || Les primitives d'une fonction sont les fonctions qui admettent celle-ci pour dérivée. Intégration.
2 Les mathématiques induisent à ne tenir compte que de ce qui est prouvé; tandis que les vérités primitives, celles que le sentiment et le génie saisissent, ne sont pas susceptibles de démonstration.
Mme de Staël, De l'Allemagne, I, XVIII.
(Avec une idée d'antériorité). Ling. || Sens primitif d'un mot, son sens propre (opposé à extension, à sens figuré). → Diffusion, cit. 1; fortune, cit. 40; philosophe, cit. 5.
2.1 Car les objets qui furent aimés pour eux-mêmes autrefois, sont aimés plus tard comme symboles du passé et détournés alors de leur sens primitif, comme dans la langue poétique les mots pris comme image ne sont plus entendus dans leur sens primitif.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 723.
(1550). Vx. || Mot primitif : radical servant à former dérivés et composés. Racine.Temps primitifs d'un verbe, à partir desquels sont formés les autres.Langue primitive : langue mère dont d'autres langues sont dérivées (→ Autel, cit. 9).
3 L'idée que par la comparaison des langues existantes on aboutirait à la reconstitution d'un idiome primitif est chimérique (…) les langues les plus anciennement connues, les « langues mères » (…) n'ont rien en soi de primitif.
J. Vendryes, le Langage, Introd.
(1892). Biol. || Ligne primitive.
(1759; sans idée d'antériorité). || Couleurs primitives : les sept couleurs du spectre, dont les autres sont formées.
Méd. Se dit d'une lésion, d'un trouble qui peut provoquer d'autres manifestations qui lui succèdent; qui existe en soi, de cause inconnue. Essentiel. || Myopathie primitive.
4 (V. 1800). Se dit des groupes humains (anciens ou contemporains) qui ignorent l'écriture, les formes sociales et les techniques des sociétés dites « évoluées ».REM. Les critères d'antériorité et de simplicité appliqués au mot par Durkheim (Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 1) ne sont plus retenus par la science actuelle. — Groupe social, peuple primitif, société primitive (→ Gouvernant, cit. 11; inégalité, cit. 9; littérature, cit. 20 et 24; magicien, cit. 3).
4 Malgré toutes ses imperfections, et en dépit de critiques méritées, il semble bien que, faute d'un meilleur terme, celui de « primitif » ait définitivement pris place dans le vocabulaire ethnologique et sociologique contemporain (…) Nous savons que « primitif » désigne un vaste ensemble de populations, restées ignorantes de l'écriture (…) touchées, à une date récente seulement, par l'expansion de la civilisation mécanique : donc étrangères par la structure sociale et leur conception du monde à des notions que l'économie et la philosophie politiques considèrent comme fondamentales quand il s'agit de notre propre société (…) Certes, le terme de « primitif » semble définitivement à l'abri des confusions impliquées par son sens étymologique et entretenues par un évolutionnisme périmé. Un peuple primitif n'est pas un peuple arriéré ou attardé (…) Un peuple primitif n'est pas davantage un peuple sans histoire (…)
Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, VI, p. 113-114.
4.1 Le mot primitif désigne ici l'état techno-économique des premiers groupes humains, c'est-à-dire l'exploitation du milieu naturel sauvage. Il couvre donc toutes les sociétés préhistoriques antérieures à l'agriculture et à l'élevage et, par extension, celles, très peu nombreuses, qui ont prolongé l'état primitif dans l'histoire jusqu'à nos jours. Les ethnologues ont critiqué depuis longtemps ce terme qui est constamment contredit par les faits sociaux, religieux ou esthétiques et qui a pris de ce fait une coloration péjorative, ils ne l'ont pourtant pas abandonné, faute d'un terme qui désignerait de manière globale les peuples sans écriture, écartés des « grandes civilisations ». Il apparaît toutefois le plus souvent encadré de guillemets. Le sens adopté ici est au contraire précis et fondé puisqu'il fait écarter des primitifs tous les groupes dont l'économie repose sur l'exploitation artificielle du milieu naturel. Il répond par surcroît à des caractéristiques communes et particulières aux groupes exclusivement chasseurs-pêcheurs-cueilleurs.
A. Leroi-Gourhan, le Geste et la Parole, t. I, p. 306.
Relatif à ces peuples. || La Mentalité primitive, ouvrage de Lévy-Bruhl. || « Mentalité primitive chez le civilisé » (in les Deux Sources de la morale et de la religion, de Bergson).Les techniques primitives. || Les arts primitifs. Premier (I., 4.).
5 Cour. (Personnes). Qui a les caractères de simplicité, de naïveté ou de grossièreté qu'on attribue aux sociétés, aux institutions naissantes, aux hommes des temps reculés, etc. Grossier, inculte. || Un homme, un paysan assez primitif; des gens primitifs. Fruste, naïf, simple (→ Loin, cit. 19).
5 Dans sa tête primitive et simple, les choses avaient du mal à se former.
Aragon, les Beaux Quartiers, I, XXII.
(Choses). || Une architecture (cit. 5) très primitive. Élémentaire, rudimentaire. || Procédé, système primitif (→ Métier, cit. 12; plot, cit. 1). || Métier primitif (→ Forgeron, cit.).Fam. || « Leur installation est bien primitive » (Académie), sommaire.
6 Malgré la lenteur et la fatigue de ce battage primitif, il avait toujours refusé d'acheter une batteuse à manège (…)
Zola, la Terre, III, VI.
Spécialt. (Surtout dans l'idéologie du XVIIIe siècle). Qui est proche de l'état de nature, conforme à la nature. Naturel (→ 2. Devoir, cit. 20, Rousseau). || L'instinct primitif, opposé aux « passions sociales » (→ Jalousie, cit. 17, Rousseau). || L'homme primitif rêvé par Jean-Jacques (Rousseau), « le bon sauvage » (→ Dépraver, cit. 9). || Peuple plus proche de la nature, de la barbarie primitive (→ Aligner, cit. 4).
Les mœurs primitives. Simple. || Le charme de la vie primitive (→ Candeur, cit. 3).
———
II N. (Fin XIXe).
1 Personne appartenant à un groupe social « primitif » (I., 4.). → Dieu, cit. 12; fête, cit. 1. || Les primitifs d'Australie. Aborigène.
Vx. Homme de la préhistoire (cf. Bergson, qui oppose les « primitifs d'aujourd'hui ou d'hier » aux « vrais primitifs », in les Deux Sources de la morale et de la religion, p. 142).
2 Artiste d'une période antérieure à celle où l'art qu'il cultive atteint sa maturité. || Les primitifs de la sculpture grecque : les sculpteurs archaïques.Spécialt. Artiste (et surtout peintre) antérieur à la Renaissance, en Europe occidentale. || Primitifs flamands, italiens, allemands, français (→ Gemme, cit. 1). aussi Préraphaélite. || On a comparé les naïfs aux primitifs. || Imitation des primitifs. Primitivisme.
CONTR. Contemporain, moderne, récent. — Dérivé, second. — Civilisé, évolué.
DÉR. Primitivement, primitivisme, primitivité.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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